Ouvrir un atelier floral : retour d’expérience d’une fleuriste engagée

Depuis l’ouverture de mon atelier floral, je reçois régulièrement sur mes réseaux sociaux des messages me demandant d’échanger sur mon expérience de fleuriste ! Comment ouvrir son atelier floral ? Est-ce rentable ? Quels sont les avantages et inconvénients ? Peut-on en vivre ? Quelles formations ? Quel statut ?

Cela me rend heureuse d’être autant sollicitée à ce sujet, car cela veut dire que le métier de fleuriste suscite beaucoup d’intérêt et surtout que les fleuristes de demain se soucient de leur impact écologique !

Ne pouvant répondre à chacun d’entre vous individuellement (cela me prendrait des heures), je vous ai promis un article retraçant mon expérience qui répondra au maximum de vos questions, je l’espère !

 

Devenir fleuriste : mon parcours et mes diplômes

CAP fleuriste en candidature libre

Après quelques années en école d’art en Belgique, j’ai décidé de m’orienter vers la fleur un peu par hasard. Cela a été le coup de foudre immédiat.
J’ai commencé par le CAP fleuriste que je voulais passer en apprentissage. Malheureusement, cela ne s’est pas vraiment passé comme prévu ! Après plusieurs mois de recherche pendant l’été et des centaines de boutiques de fleuristes démarchées, je ne trouvais pas mon contrat d’apprentissage (trop vieille, trop chère à rémunérer) et sans lui, impossible de m’inscrire à l’école et suivre la formation dite “normale”.
J’ai donc opté pour un plan B : une formation à distance, qui s’appelle Naturadis. Je vous la recommande seulement si vous n’avez pas le choix, car le prix est excessif. En parallèle, je faisais aussi des stages non-rémunérés chaque mois en boutique, qui sont indispensables à l’apprentissage du métier. Cette formation était payante (au dessus de 2000€ de souvenir) et je ne remercierai jamais assez mes parents pour m’avoir aidée et fait confiance à cette période difficile !
Un an après, je passais l’examen du CAP fleuriste en candidature libre, je ne vous raconte pas le stress… Finalement, tout c’est très bien passé, voir même plus que bien, avec une moyenne très satisfaisante au diplôme !

BP fleuriste en école

Quelques mois plus tard, la chance me souriait, car on m’appelait pour un contrat d’apprentissage en BP, dans une jolie boutique du Vieux-Lille ! J’y ai travaillé deux ans en tant qu’apprentie et j’étais quasiment en total autonomie. Ainsi, j’ai pu me faire la main sur pas mal d’aspect du métier et gagner en expérience.
L’examen s’est encore une fois super bien passé et puis j’ai pris la décision de ne pas continuer dans la boutique qui me proposait pourtant un CDI. WHAAAT ?
Et bien oui ! Pour des raisons personnelles de santé, mais aussi et surtout, pour d’autres raisons comme l’indépendance, j’ai décidé de voler de mes propres ailes. Au fond de moi je savais depuis des années que je ne serai jamais salariée et qu’il me fallait mon propre projet pour m’épanouir dans la vie !

Voici mon expérience personnelle concernant le côté formation du métier. Je suis de celles qui pensent que le CAP et le BP ne sont pas indispensables, selon le projet que vous avez en tant que fleuriste. Je le conseille seulement si vous voulez être salarié dans une boutique par exemple. Néanmoins, l’expérience sur le terrain et/ou les formations professionnelles en One to One et les workshop sont vivement conseillées si vous n’avez aucun diplôme ! Je n’ai pas encore pu écrire d’article à ce sujet mais Tiphaine des bottes d’anémone en parle très bien dans cet article que je vous conseille vivement : Ma reconversion en tant que fleuriste: Questions – Réponses. Elle explique notamment, les différents corps de métier chez les fleuristes ! Selon son article, je suis dans la case “fleuriste hybride” et ça me plait beaucoup !!! haha

 

L’aventure commence : ouverture de l’atelier floral !

 

frise chronologique de l'atelier floral Marie Althea

Frise chronologique des moments clés de l’ouverture de l’atelier floral :

Voici une petite frise chronologique pour que vous vous y retrouviez plus facilement !

C’est donc en décembre 2018 que je décide de lancer le projet pour de bon. Après des milliers de questions et réflexions sur le “comment faire ?”, je prends la décision de me laisser une année pour monter au mieux mon projet. A l’époque, j’avais la chance de toucher un peu de chômage et surtout mon conjoint en CDI, ce qui a facilité pas mal de choses niveau sécurité financière.

Dans un premier temps, je me suis formée grâce à Open Classroom qui propose une multitude de formation en ligne gratuite sur tous les aspects business, marketing, réseaux sociaux etc. C’était parfait pour mon projet d’atelier floral en ligne !
J’ai aussi monté un “business plan” en parallèle, je mets des guillemets, car tout le coté financier a été fait approximativement. Mais cela m’a surtout permis de définir mon projet, mes besoins ainsi que ceux de mes futurs clients etc…  Je vous conseille de faire cela au minimum si vous vous lancez vous aussi !

Si vous cherchez un organisme pour vous aider, Il existe la BGE qui aide les porteurs de projets. Je vous les recommande si vous le pouvez !
En ce qui concerne Pôle-emploi… comme d’habitude tout dépend sur qui vous tombez. Personnellement, cela a été une catastrophe ! Ma conseillère m’a refusé des formations qu’elle jugeait sans intérêt pour mon métier de fleuriste, le souci c’est que la dame n’y connaissait rien. De plus, elle était très désagréable et pour couronner le tout, elle m’a mal conseillé (ce qui est un comble pour une conseillère). Cela m’a fait perdre plusieurs semaines du côté administratif pour l’ouverture de mon entreprise…
Conclusion, elle ne m’a pas aidé, je dirai même qu’elle m’a fait perdre du temps et de l’énergie !

Pour le coté administratif et lancement de l’auto-entreprise, je vous conseille à 100% le portail des auto-entrepreneurs qui est une mine d’or concernant les infos à savoir sur le statut !

Enfin, arrive le 2 janvier 2020, date d’ouverture officielle de l’entreprise, mais seulement sur le papier . Oui, car j’avais lancé mes réseaux sociaux, mais le site et la boutique en ligne n’était pas encore tout à fait  prêt ! Pour la boutique, je prévoyais d’ouvrir pour le printemps, date choisie symboliquement, mais c’était sans compter le Covid.
J’ai donc pris la décision d’attendre, car pendant le 1er confinement tout était flou et certaines postes avaient fermé. Il était donc impensable d’ouvrir une boutique en ligne sans pouvoir envoyer de colis !

10 mai 2020 : enfin me voici lancée à 100 %. L’aventure commence vraiment à être réelle et s’ensuit un rythme effréné jusqu’à aujourd’hui, avec des moments de doutes, de découragements, des victoires, de la fierté puis encore de doutes, de fatigue et enfin le sentiment d’avoir trouvé ma place !

 

Fleuriste en atelier : Quels investissements ?

Le matériel, les aides et les débuts

Ici, nous allons parler de chiffres sans langue de bois et je sais que cela intéresse beaucoup de monde ! Cependant, ceci est mon expérience personnelle et donc selon le projet, les envies et les choix de vie cela sera certainement différent pour vous.

Je suis partie de zéro, certains diront qu’il faut être fou, moi je voulais y croire !
Ma première commande de fleurs séchées chez un producteur Français a été de 413 € pour me constituer un stock de départ.
Il faut savoir que mon atelier se trouve chez moi, pour une question de budget, de vision à long terme et d’engagement écologique.
Par conséquent, aucun investissement coté loyer n’était à prévoir. Cependant pour le mobilier, il a fallu acheter une planche, des caisses et deux petites tables pour m’installer un petit coin cosy “atelier”.
À cela, il faut ajouter , des fournitures diverses, l’hébergement du site web, les cartes de visites, l’appareil photo (d’occasion), le stock de cartons, le tampon du logo… Au total, en tout et pour tout, j’ai du investir 1500 € de ma poche sur plusieurs mois. 

Grâce à mes indemnités chômage, j’avais le droit à l’ARCE (Aide à la reprise ou à la création d’entreprise), c’est une aide de Pôle emploi qui permet de toucher un pourcentage du reste de ses indemnité en deux fois sur 6 mois. J’ai profité de cet argent, environ 1400 €, pour rembourser une partie de mon investissement de départ et me constituer une petite trésorerie.

Le stock en fleurs séchées

Une question qui est revenu souvent, c’est comment savoir la quantité de fleurs à acheter ? (ici, on parle de fleurs séchées). Je n’ai malheureusement pas de réponse toute faite, car cela dépendra encore une fois de votre projet et votre avancé. Personnellement la première année, j’ai regretté de ne pas avoir acheté plus de stock pour certaines variétés. Mais cela fait partie du jeu, car il est difficile de prévoir exactement ce qu’il vous faudra pour commencer.
Mon conseil : bien regarder ce qu’il se passe la première année et noter les périodes de rush, ainsi que les variétés les plus demandées, les couleurs qui marchent le mieux etc… Cela vous aiguillera pour vos futurs achats en fleurs.
De plus, je dirai qu’il est préférable de ne pas acheter trop dans un premier temps. Même si cela peut frustrer votre client, vous ne pouvez pas vous permettre de vous retrouver avec 1000€ de stock en fleurs et ne rien vendre si votre projet ne décolle pas…
Enfin, avec les fleurs séchées nous avons la chance que cela ne périsse pas et c’est donc beaucoup moins difficile à gérer qu’un stock de fleurs fraiches !

 

La trésorerie 

Comme dit précédemment, j’ai pu constituer une petite trésorerie dès le départ grâce à l’aide “ARCE”.
Ensuite, j’ai pris le parti de ne pas me verser tout de suite de revenu (= salaire, appelé différemment pour les auto-entrepreneurs) pour pouvoir investir dans mon entreprise.
Premièrement, il fallait faire grossir ma trésorerie pour être assuré de gérer facilement les demandes ou les coups durs ; Cela m’a pris quelques mois pour réussir à la maintenir à 3000 €. Une fois arrivée à ce palier, tout le “surplus” était du bonus pour investir dans : du matériel comme un nouveau pc portable pro, des fonds photos, des outils, des étagères, du stock en vases et/ou accessoires. Ainsi que dans des formations pour m’aider sur le côté business et SEO (Search Engine Optimization = référencement). À l’avenir, je compte continuer à investir pour mon site web et dans ma com.

Le revenu

Dans la frise chronologique, vous pouvez voir apparaitre deux moments clés ou j’ai dépassé des objectifs de chiffres d’affaires (CA). Et pourtant CA ne veut pas dire revenu ! Il est important de bien faire la part des choses: sur 2000€ de CA en enlevant les charges, les matières premières et les dépenses liées à l’activités, je suis loin de me payer le minimum requis en France (SMIC). Cependant, et attention, encore une fois c’est la vision que j’ai de mon projet de vie (tout le monde n’a pas les mêmes besoins financiers), le but de me mettre à mon compte était de pouvoir me payer 500 € par mois au bout de 3 ans d’auto-entreprise. Je suis actuellement à un an (date à partir de l’ouverture de la boutique en ligne) d’ancienneté et cet objectif est largement atteint ces derniers mois. Il faut maintenant que je vois sur le long termes si cela se maintient et même évolue, car on ne va pas se mentir, c’est bien le but d’en vivre !

Alors rentable ou non ce métier de fleuriste en atelier ?

J’espère que cette transparence concernant les chiffres vous aidera à visualiser mieux les choses pour l’avenir ! Je rajouterai, qu’entreprendre en solo, dans la plupart des cas, cela veut dire ne pas se payer pendant plusieurs mois. Certains disent (je ne sais pas si c’est un mythe), qu’il faudrait 3 ans à une auto-entreprise pour devenir rentable. Je pense que cela ne doit pas être tout à fait faux. Evidement c’est aussi selon l’investissement financier de départ. Mais si comme moi, vous partez de zéro, il faut être patiente et surtout s’accrocher car cela en vaut la peine !!!

Je rajouterai que si vous êtes dans une situation personnelle avec un besoin de revenu fixe chaque mois, il est important de bien réfléchir et se préparer avant tout lancement de projet.

Une dernière chose, on parle souvent de rentabilité, mais nous oublions que nous n’avons pas les mêmes envies de vie ou encore les mêmes concepts. Si on prend le mot “rentabilité”  au sens propre, la réponse sera : non ce n’est pas rentable de se mettre à son compte, du moins les premiers mois en tant qu’artisan. Tout simplement pour les raisons que je viens de citer au dessus. De plus, il ne faut pas le cacher, la première année les semaines de 35H n’existent plus, c’est plutôt de l’ordre du 50/60H semaine.
Par contre, si vous trouvez, qu’il est plus important de s’épanouir dans son métier, de pouvoir moduler votre temps de travail comme vous le souhaitez, d’être libre, et de compter différemment, alors le mot rentabilité prendra tout un autre sens !
Attention, j’apporte tout de même une nuance, car nous ne vivons pas dans un monde de bisounours. Il faut être très motivé pour entreprendre, car il faudra peut-être renoncer à certaines choses pendant un temps.  Cependant, si votre business décolle, vous aurez tout gagné ! La vie s’est savoir prendre des risques, entreprendre, tomber, rebondir, découvrir, au bon moment. Dans tous les cas, c’est une sacrée aventure pleine d’apprentissage !

 

atelier floral

Un atelier floral pas comme les autres : fleuriste engagée, boutique en ligne, atelier privé.

Une fleuriste engagée

Vous le savez sûrement si vous me suivez depuis un moment, je suis une fleuriste qui veut changer les choses ! Certes à mon échelle, mais je suis très active pour vous informer sur les nouvelles façon de travailler la fleur de manière plus écologique. En effet, je suis une adepte de la Slow Flower, si vous voulez en savoir plus sur le cheminement de cette volonté à travailler de façon plus écologique je vous invite à aller lire mon article “Fleuriste écoresponsable : comment allier valeurs écologiques et projet professionnel ?
Ce projet, je l’ai donc construit tout autour de cette thématique “slow flower” pour être une fleuriste respectueuse de l’environnement et engagée auprès de la cause ! Je suis membre du collectif de la fleur française et je m’engage à utiliser un minimum de 50% de fleurs séchées françaises tout au long de l’année dans mes créations.

Une boutique en ligne

Pour la question : où vends-tu tes créations si tu n’as pas de boutique “physique” ?
Tout simplement en ligne, grâce à mon site internet mais aussi et surtout grâce à mes réseaux sociaux ! J’ai énormément travaillé sur ce coté là pour gagner en visibilité, car c’est ma seule vitrine visible du public. Le site et la boutique ne sont, pour l’instant, pas assez bien référencés pour me permettre d’être visible sur google, mais j’y travaille avec des prestataires !

Je travaille aussi avec des boutiques de décorations ou concept-store dans ma région ainsi qu’en France pour me faire connaître et diversifier mes revenus.

Et pour finir, je fais régulièrement des partenariats ou collaborations soit avec des créatrices, soit avec des influenceuses pour que nos communautés découvrent chacune nos univers !

Un atelier privé

 Voici un petit tableau des avantages et inconvénients à travailler en temps que fleuriste en atelier. Il en manque sûrement des dizaines mais cela vous donnera tout de même une petite idée. Ce qu’il faut bien noter, c’est que le terme fleuriste peut vouloir dire différentes choses : fleuriste en boutique, fleuriste événementiel, fleuriste en atelier privé, etc… Il existe en fait plein de manières différentes d’être fleuriste.

Comment travaille une fleuriste en atelier ?

planner Marie Althea

 

Exemple d’une semaine type :

Là encore, il y a mille façons de faire selon le type de fleuriste ! Alors je vais juste vous partager la mienne.

Ci-contre, un planning de mes semaines à l’atelier. Cependant, il faut savoir que je ne le respecte quasiment jamais à 100%.

Selon les périodes, la charge de travail et les projets, celui-ci est modulable ! Il s’adapte à moi, mes envies et parfois mes obligations.

Une chose à noter, le travail de créations artisanales compte pour environ 30% de mon temps seulement… Il y a tellement de choses “à ajouter”. Je vous en ai noté quelques unes sur le planning mais j’en oublie surement la moitié !

Si vous aussi, vous vous lancez dans un projet artisanal, n’oubliez jamais de compter le temps passé pour la confection de votre création mais aussi tous les “à coté”. Sinon votre business ne sera jamais rentable !
Ce n’est pas facile au début car on manque parfois d’organisation ou tout simplement nous sommes plus lent à créer des nouveautés et donc le prix s’en fait ressentir… Mais une fois vos nouvelles habitudes mises en place, il faut vraiment s’assurer que le temps à confectionner vs le prix final est raisonnable.

Le mot de la fin

Déjà, si vous lisez ces lignes bravo à vous !!! Personnellement, j’ai bien cru ne jamais finir l’écriture de cet article, tellement il y a de choses à dire ! J’espère vraiment que cela vous aura aidé, mais aussi permis d’apprendre à me connaitre. J’ai voulu être la plus transparente possible concernant mes chiffres et mes réflexions sur mon business car à l’époque j’aurai aimé tomber sur ce type d’article !

Des bises fleuries et à bientôt  🌼

Les nouvautés sur la boutique !

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